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Beat Generation – en coopération avec le Centre Pompidou

Musée national d’art moderne à Paris, présente l’exposition Beat Generation. Le ZKM a déjà consacré ces dernières années diverses expositions à ses figures majeures, tels William S. Burroughs (The Name Is BURROUGHS. Expanded Media, 2012) et Allen Ginsberg (Beat Generation. Allen Ginsberg, 2013). Cette nouvelle exposition offre pour la première fois un aperçu d’ensemble de ce mouvement littéraire et artistique né à la fin des années 1940. Considérés à l’époque comme des rebelles subversifs, les „beatniks“ sont aujourd’hui perçus comme les acteurs de l’un des mouvements culturels les plus importants du 20e siècle.

Mouvement culturel et littéraire, la Beat Generation voit le jour aux États-Unis à la fin des années 1940, c’est-à-dire au tout début de la Guerre froide qui succède à la Seconde Guerre mondiale. Elle scandalise l’Amérique puritaine de McCarthy et préfigure la révolution culturelle et sexuelle des années 1960, un nouveau mode de vie de la jeune génération de l’époque. Rejetant le racisme et l’homophobie, tout comme les idéaux technologiques de l’Occident, auxquels elle oppose une vie en tribus et la consommation de substances psychotropes, la Beat Generation inspire directement les hippies de Berkeley et Woodstock, les événements de mai 1968 et l’opposition à la guerre du Vietnam.

Le ZKM dédie une exposition réunissant plus de 400 œuvres – littérature, photographie, dessin, peinture, collages, films et bandes-son – à la Beat Generation, qu’elle réinscrit dans un large contexte, dans lequel New York, Paris et Tanger prennent une place importante. Perçus par la culture dominante des années 1950 et 1960 comme des rebelles subversifs, les « beats » sont aujourd’hui considérés comme les acteurs de l’un des mouvements culturels les plus importants du 20e siècle. Accueillies avec mépris et suspicion, leurs œuvres littéraires sont aujourd’hui reconnues comme des chefs-d’œuvre de la littérature américaine. Le terme „beat“, emprunté à l’argot des années 1940 et signifiant „déglingué“, „pauvre“, „sans domicile“, prend la relève du mythe romantique, bohème, de la génération perdue.

 
Les sections de l’exposition

SUR LA ROUTE

Au début de l’année 1951, Kerouac écrit une version d’On the Road [Sur la route] sur un rouleau de 36 m de long, qu’il compose à partir de feuilles de papier collées bout à bout. La combinaison de la machine à écrire et du rouleau de papier lui permet de créer un style uniquement défini par la frappe des touches et le retour du chariot. Ce mode d’écriture est de surcroît une expérience enivrante : „Je l’ai écrit d’un jet et ai laissé mon inconscient trouver sa propre forme d’expression“, écrit Kerouac. „J’ai laissé couler les mots, une vague après l’autre, sans interruption, à moitié éveillé et à peine conscient de ce que je faisais sinon que j’écrivais“.Inspiré par la prosodie du jazz, Kerouac invente un style spontané, effréné, qui „esquisse“. Le texte se déploie, mû par le cliquetis des touches de la machine à écrire, sans un seul paragraphe, comme une route ou une ligne de chemin de fer, sur laquelle la silhouette de „Dean Moriarty“ (alias Neal Cassady) incarne l’allégorie d’un écrivain voyageur propulsé par l’énergie de la musique.

CALIFORNIE

La scène beat littéraire et artistique s’épanouit en Californie entre 1952 et 1965 avec un groupe d’artistes et d’écrivains avant-gardistes, qui balaient tous les genres et dont l’œuvre influence profondément les générations suivantes aux États-Unis et ailleurs. Les beats inventent un mode de travail reposant sur l’assemblage, le recyclage et la redécouverte et qui, en se plaçant sous la devise du „do it yourself“, se situe à contre-courant de l’esthétique dominante de ces années-là. Les liens et les collaborations entre artistes, poètes et musiciens noués en Californie deviennent un emblème de la culture alternative des décennies 1950-1960. Dans cette section, Beat Generation présente des films expérimentaux de Larry Jordan et d’Harry Smith, des photographies et des collages, mais aussi des exemplaires de Semina, le magazine d’art postal de Wallace Berman.

NEW YORK

Cette partie de l’exposition est consacrée au berceau de la Beat Generation. C’est là que se fait la connexion entre musique et littérature, décisive pour les poètes beats. C’est aussi à New York qu’ils commencent à utiliser des appareils modernes de reproduction comme les miméographes, pour emprunter de nouvelles voies artistiques et littéraires allant bien au-delà de la mythologie bohémienne qui colle souvent à la peau de ces artistes. Les objets exposés montrent l’extrême variété et complexité de la scène new-yorkaise. Une large place est consacrée aux revues qui publient le travail des poètes beats : Floating Bear (éditée par Diane DiPrima et LeRoi Jones), Kulchur et Fuck You: A Magazine for the Arts d’Ed Sanders. Pull my Daisy, un film de Robert
 
Frank basé sur un poème de Kerouac, Ginsberg et Cassady, incarne à merveille l’esprit collaboratif qui traverse la scène beat et occupe la place d’honneur de cette section. On y verra également de nombreux dessins et peintures à l’huile de Jack Kerouac, une facette de son œuvre qui reste encore méconnue à ce jour.

TANGER

Tanger se trouve sous protectorat français et espagnol jusqu’à son indépendance en 1956. Le Tanger de l’après-guerre, „zone franche“ dont Burroughs fait l’„interzone“ labyrinthique du Naked Lunch [Festin nu], est un paradis pour beaucoup d’artistes et d’écrivains. En 1954, William S. Burroughs descend à l’hôtel Muniria, où le rejoignent Allen Ginsberg, Peter Orlovsky, Gregory Corso au début de l’année 1957, puis Jack Kerouac un peu plus tard. Paul Bowles vit depuis 1947 à Tanger, et Brion Gysin y ouvre en 1954 son restaurant Les Mille et Une Nuits, où les „maîtres musiciens de Jajouka“ se produisent tous les soirs. L’exposition met en relief l’influence de la musique transe qu’enregistre Paul Bowles à travers le Maroc en 1959, ainsi que les rituels magiques et la consommation de kif, fumé par les beats pendant qu’ils travaillent à leurs textes et tableaux. C’est à Tanger que Burroughs, épaulé par Jack Kerouac, crée la trame de son fulgurant Naked Lunch, qui sort deux ans plus tard à Paris. Il y élabore et affine en outre sa technique du photomontage.

MEXIQUE

Le Mexique, pays mythique situé au-delà de la dernière frontière, agit comme un aimant sur les artistes californiens et les écrivains beats dès le début des années 1950 – peut-être aussi sous l’influence du voyage d’Antoine Artaud chez les Indiens Tarahumaras et de ses mentions du peyotl. Pour Burroughs, Kerouac et d’autres écrivains de cette génération, le Mexique est un lieu où se côtoient romantisme et sordide, le pays du peyotl, de la violence et de la magie, une combinaison de nombreux thèmes qu’ils ont déjà souvent traités. Cette section présente des films de Ron Rice ainsi que les photographies que Bernard Plossu, photographe français, réalise en 1965-1966 lors d’un voyage au Mexique, avant de mettre le cap vers le nord et d’arriver en Californie où le „Summer of Love“ bat son plein.

PARIS

La dernière section est dédiée à Paris, où des écrivains beats composent un certain nombre de textes majeurs au „Beat Hotel“; Allen Ginsberg, William S. Burroughs, Gregory Corso, Brion Gysin et bien d’autres artistes et écrivains européens et américains y logent entre 1957 et 1963. Harold Chapman, qui y est aussi descendu, tient la chronique de la vie de l’hôtel pendant toutes ces années. C’est au Beat Hotel que Brion Gysin, peintre et écrivain anglo-canadien, découvre la technique du „cut-up“ et du „cut-in“ (équivalent acoustique du „cutup“), dont se servira intensément William S. Burroughs dans ses œuvres littéraires. Gysin rapporte du Maroc une conception magique et extatique de la poésie et des arts plastiques, qu’il combine désormais avec la technique formaliste de la permutation.

Durant ces années-là, les écrivains américains entretiennent des contacts intenses avec l’avant-garde artistique et poétique parisienne, dont Bernhard Heidsieck, Henri Chopin et Jean-Jaques Lebel, qui fait le lien entre les deux groupes. „La Beat Generation, c’est une vision qu’on a eue à la fin des années 1940, John Clellon Holmes et moi, et sous une forme encore plus débridée Allen Ginbserg, d’une génération de ‘hipster’ dingues et illuminés s’élevant soudain et parcourant l’Amérique, cinglés, vivant dans la rue, allant d’un endroit à un autre en stop, mendiant, déguenillés, béats et beaux d’une manière moche, gracieuse, nouvelle – vision inspirée de la façon dont on avait entendu le mot ‘beat’ employé au coin des rues à Times Square et à Greenwich Village, dans d’autres villes dans la nuit des centres-villes de l’Amérique de l’après-guerre – beat, c’est-à-dire dans la dèche, mais remplis d’une intense conviction.“ Jack Kerouac, „Aftermath: The Philosophy of the Beat Generation“, Esquire, mars 1958.

Artistes représentés dans l’exposition Gideon Bachmann, Bruce Baillie, Antony Balch, Amiri Baraka, Mary Beach, Wallace Berman, Paul Bowles, William F. Brown, William S. Burroughs, Paul Carroll, Neal Cassady, Harold Chapman, Henri Chopin, Eldridge Cleaver, John Cohen, Bruce Conner, Gregory Corso, Robert Creeley, Edward Dahlberg, Diane DiPrima, Allen Donald, Ed Dorn, Robert Duncan, Lawrence Ferlinghetti, Marcel Fleiss, Robert Frank, Jean Genet, Allen Ginsberg, John Giorno, Peter Emanuel Goldman, Brion Gysin, Bernard Heidsieck, George Herms, Henry Jacobs, Françoise Janicot, Alain Jaubert, Ted Joans, Larry Jordan, Lenore Kandel, Jack Kerouac, Joanne Kyger, Philip Lamantia, Robert LaVigne, Jean-Jacques Lebel, Alfred Leslie, Lawrence Lipton, Christopher MacLaine, Michael McClure, Taylor Mead, David Meltzer, Harold Norse, Peter Orlovsky, Charles Olson, Kenneth Patchen, Bernard Plossu, Kenneth Rexroth, Ron Rice, Barney Rosset, Ed Sanders, Mark B. Schleifer, Charlie Shavers, Harry Smith, Snug, Gary Snyder, Ian Sommerville, Ettore Sottsass jr., Gerd Stern, The Fugs, John Tytell, Stan VanDerBeek, Anne Waldman, Joy Walsh, Alan Watts, Ruth Weiss, Robert Watts, Lew Welch, Philip Whalen, Peter Whitehead, Ray Wisniewski, John Wieners

Commissaires de l’exposition Jean-Jacques Lebel, Philippe-Alain Michaud, Peter Weibel

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