ART

Frei Otto. Penser en maquette

Frei Otto. Penser en maquette

Frei Otto (1925-2015) compte, à l’échelle internationale, parmi les architectes allemands les plus renommés et les plus innovants du 20e siècle. C’est aussi un personnage central de la culture architecturale du Land de Bade-Wurtemberg. En 2015, il a reçu le prix Nobel de l’architecture pour son œuvre – le Prix Pritzker – la plus prestigieuse distinction du monde de l’architecture. La plus grande exposition des travaux de Frei Otto à ce jour est le fruit d’une initiative conjointe de la Südwestdeutsches Archiv für Architektur und Ingenieurbau ou saai (archives du Sud-Ouest allemand pour l’architecture et le génie civil) du KIT et de la Fondation Wüstenrot, en collaboration avec le ZKM | Karlsruhe. Elle présente des réalisations notoires comme des projets totalement inédits et compte plus de 200 maquettes, près de 1 000 photographies, des dessins, des croquis, des plans et des films ainsi qu’une projection multimédia à grande échelle.

Dans les années 1950, Frei Otto se fait remarquer dans les Floralies de la République fédérale allemande – une diversion pour la jeune République de Bonn occupée à sa reconstruction – par ses constructions en forme de tentes. En 1964, il fonde l’Institut für leichte Flächentragwerke (Institut pour les surfaces portantes légères) à la Technische Hochschule de Stuttgart et en fait l’un des centres mondiaux de recherche les plus importants en matière d’architecture et d’ingénierie écologiques.

Avec le pavillon allemand de l’Expo 1967 à Montréal, réalisé en collaboration avec l’architecte Rolf Gutbrod, il crée un symbole de la nouvelle Allemagne ouverte. Cette impression est renforcée par la toiture du parc des Jeux olympiques de 1972 à Munich, réalisée avec les architectes Behnisch & Partner. Au cours des décennies suivantes, Otto est impliqué dans l’élaboration de nombreux bâtiments, comme la Multihalle (salle polyvalente) de Mannheim conçue par le cabinet d’architectes Carlfried Mutschler + Partners en 1975. La Multihalle est aujourd’hui encore la plus grande construction autoportante du monde réalisée avec une charpente légère en treillis de bois (gridshell) et a été classée monument historique en 1998 en raison de sa structure filigrane et de son concept de surface minimale. Plusieurs expertises appellent à soumettre le « Miracle de Mannheim » à une rénovation complète. Une conservation partielle de la salle ou son éventuel démantèlement sont aussi en cours de discussion. En 1997, le cabinet d’architectes Ingenhoven, Overdiek, Kahlen et partenaires ont remporté, en collaboration avec Frei Otto, le concours pour le réaménagement de la gare de Stuttgart. Pour ce projet, Otto a notamment développé les piliers en forme d’entonnoir qui caractérisent l’image globale de la gare. Otto conçoit la forme optimale des piliers sur la base de nombreuses maquettes. En 2009, il se distancie du projet. En 2000, il réalise le pavillon japonais de l’Expo de Hanovre en collaboration avec l’architecte Shigeru Ban.

La pensée de Frei Otto se caractérise par une volonté d’expérimenter, ses méthodes se trouvant à mi-chemin entre architecture, science et art. Il développe des instruments pour l’exploration de processus d’auto-assemblage, des tables de mesure pour déterminer la répartition des forces, des appareils pour l’étude de formes de construction pneumatiques ou des outils pour l’analyse de modèles de réseaux complexes. Ses recherches incessantes à l’aide de maquettes ont servi à l’étude des relations de cause à effet, mais aussi de la part formelle du processus de conception. Ainsi, Frei Otto a jeté les bases d’une importante culture expérimentale qui perdure jusqu’à nos jours, située entre l’observation scientifique et la compétence artistique – une forme d’autorégulation artisanale et intellectuelle, dans laquelle la conception rime avec la production de connaissances individuelles, mais peut aussi devenir le point de départ d’un discours collectif sur l’avenir de l’environnement bâti.

Les maquettes architecturales de Frei Otto n’agissent pas comme des « objets statiques », mais comme des « objets dynamiques », c’est-à-dire comme des modélisations de processus valables pour l’environnement dans son ensemble. Elles incarnent une « esthétique chirurgicale » (Georg Vrachliotis) qui évolue entre la précision des objets scientifiques et l’imaginaire des instruments artistiques.

Le potentiel d’innovation de l’œuvre de Frei Otto repose sur le caractère interdisciplinaire de sa pensée située entre l’architecture, la technique, la science et la société. Il a reconnu le caractère exemplaire de la nature et a essayé tout au long de sa vie de le transposer dans l’architecture et le génie civil. L’objectif de cette exposition est de proposer de nouvelles perspectives sur les travaux de Frei Otto et de s’en servir comme base à de nouvelles réflexions sur l’avenir de l’environnement bâti entre l’architecture, la technologie, la durabilité et la société.

 

Über den Autor

Uwe Marcus Magnus Rykov

Redakteur P!-Magazine
Geschäftsführer PAgentur Paris / Agence de presse
Management / Marketing / Projektmanagement / Interviews / Project / Planning Pressearbeit / Moderator

error: Content is protected !!